Les origines du hockey

 

S'il est une paternité qui est pour le moins disputée, c'est bien celle de l'invention du hockey. Pêle-mêle, les Canadiens, les Américains, les Ecossais, les Irlandais, les Néerlandais, les Amérindiens, et même les Français, ont trouvé dans leurs jeux traditionnels un ancêtre plus ou moins convaincant du hockey.

Il est vrai que des jeux de crosse furent pratiqués en Europe durant le Moyen-Âge : le shinney anglais (et son ancêtre écossais, le shinty), le hurling (ou hurley) en Irlande, la soule à la crosse en France et le ken jaegen aux Pays-Bas, plus exactement dans la Frise. Les allusions à de tels jeux remontent généralement au quinzième siècle, voire au quatorzième. Remarquons toutefois que la plupart de ces sports ne se pratiquait pas (ou pas exclusivement) sur de la glace, et peuvent très bien être également considérés comme l'ancêtre d'autres sports, comme le hockey sur gazon, de même que la soule est à la fois l'ancêtre du football, du rugby, du handball, etc. La "spécificité" d'un sport vient généralement de ses premières règles clairement établies, nous y reviendrons.

Ces jeux ressemblaient d'ailleurs souvent, notamment par leur brutalité, à la soule. Dans celle-ci, il s'agissait de s'emparer de la balle par tous les moyens, par exemple pour l'amener dans un village ennemi. Dans une des formes de hurling, on frappait la balle, et le premier à l'atteindre l'envoyait à nouveau au loin, afin que la course-poursuite recommence. Inutile de préciser que tous les coups, ou presque, étaient permis.

En fait, le hockey semble être né de la convergence de deux pratiques et de deux cultures : le hurling, amené par les immigrants en Nouvelle-Écosse, et un jeu similaire des Indiens d'Amérique (appelé "Oochamkunutk" par les Micmac et par le nom anglais Baggataway pour ce qui est de la variante pratiquée par les Chipewyan et les Hurons), qui se jouait avec des crosses munies d'un petit filet à leur extrémité.

Des variantes autres que le hockey existent toujours : lacrosse au Canada et bandy en Europe. Ce dernier, qui se joue à 11 sur une glace aux dimensions d'un terrain de football, a permis à la Finlande et surtout à la Russie de disposer d'un réservoir de joueurs quand le hockey s'y est développé. En réalité, le bandy européen était au dix-neuvième siècle assez similaire aux matches de "hockey" nord-américain qui se disputaient avec des caractéristiques semblables : grande aire de jeu sur un lac gelé, nombre important de joueurs, balle en lieu et place du palet pas encore inventé.

C'est ce qui rend un peu stérile la querelle qui oppose depuis toujours deux villes canadiennes, Halifax en Nouvelle-Écosse et Kingston en Ontario, pour savoir où s'est déroulé le premier match de hockey. Les deux rivales prétendent que les soldats britanniques de la "Royal Canadian Rifles" ont disputé une partie sur leur port gelé en décembre 1855. Mais à cette date, l'armée en question disputait la guerre de Crimée... Il est fort peu probable que la lumière soit un jour faite sur ce conflit (non, pas la guerre de Crimée, mais la guéguerre Halifax-Kingston).

En réalité, la véritable origine du hockey, on en trouve trace à Montréal, car c'est là que furent établies les premières règles, en 1875 à l'université McGill. La codification permet en effet de déterminer la naissance d'un sport qui, si l'on prend en compte les formes les plus variées, a été pratiqué un peu partout. Et c'est deux ans plus tard, en 1877, que William Fleet Robertson, un étudiant de McGill, décida de découper la balle de hockey, afin qu'elle reste un peu plus sur la glace au lieu de s'envoler au milieu des spectateurs. Il enleva les deux extrémités et lui fit perdre sa forme sphérique pour lui donner sa forme bien connue de palet, qu'il était alors interdit de lever dans les airs... Ce dernier point était une mesure de protection des gardiens, qui ne portaient pas d'équipement spécial. En contrepartie, logiquement, les portiers n'avaient pas le droit de se coucher sur la glace, sinon ils auraient totalement obstrué le but.

Le hockey canadien de l'époque, sport très physique, était très fortement inspiré du rugby. En particulier, il était courant d'effectuer des "chandelles" pour dégager le palet, avec récupération au point de chute dans le camp adverse - par le même joueur. En effet, toujours comme en rugby, il était interdit de faire des passes vers l'avant (c'était le cas uniquement en Amérique du nord, les premiers matches de hockey en Europe occidentale se jouaient pour leur part avec une règle du hors-jeu identique à celle du football). Mais en 1913, on trouva un moyen bien plus ingénieux d'éviter que des joueurs campent devant le but adverse : le hors-jeu de ligne bleue. C'est en effet cette année-là qu'on partagea le terrain en trois parties.

Autre évolution, la réduction du nombre des joueurs. Dans les premières règles codifiées au Canada, on jouait à neuf par équipe, mais en 1884, les propriétaires de la patinoire de Montréal, pressés par les patineurs artistiques qui menaçaient de partir car la glace était en trop mauvais état, demandèrent (et obtinrent) que le nombre de joueurs passe à sept. Il serait plus tard porté à six comme on le connaît actuellement.

Marc Branchu

 

 

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